Pour le groupe B, notre journée débute aux bureaux du département du développement économique de la ville de Johannesburg. Notre hôte, M. Tsholo Mogotsi, directeur du département, nous accueille avec deux de ses employés. Le département a pour but d’améliorer les conditions économiques de Soweto et d’offrir de l’aide aux entrepreneurs.

La rencontre, fort captivante, nous permet de mieux comprendre les réalités économiques du township de Soweto ainsi que les divers problèmes que doit régler l’équipe de M. Mogotsi. Ainsi, le département doit composer avec l’arrivée de plusieurs milliers de migrants par mois, un taux de chômage très élevé et un manque de cohésion entre les divers paliers de gouvernement. Nous nous rendons rapidement compte que les problèmes dont doit faire face l’équipe sont nombreux, complexes et que ceux-ci vont prendre beaucoup de temps et d’effort à se régler. Néanmoins, l’équipe semble bien déterminer à aider la population de Soweto.

Lors de la discussion, une question intéressante fut soulevée concernant le Maponia Mall que nous avions visité la veille. Nous avions demandé aux économistes si, selon eux, le Maponia Mall était bénéfique pour l’économie de Soweto comme le prétendaient les propriétaires. En effet, ces derniers prétendaient que le Mall attirait des clients de l’extérieur de Soweto et qu’ils contribuaient donc positivement à l’économie du township. À l’inverse, pour les économistes, le Maponia Mall n’aide en rien le township et il est même néfaste pour les petits commerçants locaux. Tout d’abord, bien qu’il soit vrai que le Mall attire des clients de l’extérieur de Soweto, ceux-ci ne dépensent que dans le Mall et retournent chez eux par la suite. De plus, certains habitants du township vont faire leurs achats au Mall plutôt que d’encourager les commerçants de Soweto, alors que ces derniers n’ont pas les moyens de payer le loyer exorbitant du Mall pour y tenir un magasin.

Le temps file et nous devons donc remercier nos hôtes pour le temps qu’ils nous ont accordé. Nous nous dirigeons vers un parc à Soweto pour rejoindre le groupe A pour le diner. Durant le trajet en autobus, nous discutions encore de l’ampleur et de la complexité des défis que doivent faire face les acteurs économiques et politiques de la ville de Johannesburg. Cette rencontre nous permis de voir Soweto d’un point de vue différent.

Suite au diner, nous nous dirigeons vers le Youth Leadership and Entreprise Development (YLED) qui est en fait un programme où de jeunes élèves talentueux et qui font preuve de leadership sont invités à parfaire leur éducation durant les fins de semaine. Il s’agit d’un programme volontaire et les élèves doivent être issues d’un milieu défavorisé pour y être admissible.

Nous sommes accueillis par 4 élèves du programme, leur professeur d’anglais et un responsable du programme. Une fois la gêne dissipée. Nous avons eu la chance d’entendre le témoignage impressionnant – et choquant –  d’une des élèves de 16 ans qui discuta de façon crue et sans détour de plusieurs problèmes quant aux jeunes sud-africains. L’un des sujets importants de cette discussion portait sur le problème des sugardaddies. Les sugardaddies sont des hommes qui offrent des cadeaux, de l’argent ou qui paient l’éducation des jeunes femmes en échange de faveurs sexuelles. Selon cette jeune femme, c’est un problème qui est de plus en plus présent dans les quartiers défavorisés. Les jeunes femmes qui se font avoir par ce phénomène se retrouvent parfois avec des grossesses non désirées à un bas âge et le sugardaddy, lorsqu’il l’apprend, abandonne la jeune femme enceinte. Évidemment, même si certains d’entre nous en avaient entendu parler auparavant, c’est bouleversant d’entendre une si jeune femme nous raconter de façon aussi transparente ce que quelques de ses amies ont vécu.

À travers cette rencontre, nous avons également pu observer que la drogue est un problème que l’on retrouve également en Afrique du Sud. À la différence que les élèves sont en état d’étudier et de se concentrer le matin, mais que ces derniers reviennent drogués du diner. Malheureusement, bien que l’école fit appel aux policiers à de nombreuses reprises et qu’elle fit même construire un mur autour de son terrain, le problème persiste toujours.

De plus, le témoignage du professeur d’anglais confirma ce que nous avions vu en classe par rapport à la faiblesse de la qualité de l’enseignement. En effet, ce dernier se doit de réapprendre les bases à ses nouveaux élèves (particulièrement ceux qui ne font pas partie du programme YLED) puisque ceux-ci son incapable de comprendre la matière plus avancée.

En somme, la visite du Youth Leadership and Entreprise Development suscite beaucoup d’émotions. D’une part, nous avons rencontré des élèves amusants et avec un parcours très intéressant (en fait, certaines personnes du groupe les ont même ajouté sur Facebook). D’une autre part, nous avons éprouvé une grande inquiétude quant à la qualité de l’éducation sud-africaine ainsi que les problèmes dont font face les jeunes sud-africains.

C’est donc avec plusieurs nouveaux apprentissages, beaucoup d’émotions et quelques petites inquiétudes que prend fin cette journée bien remplie.