Culture organisationnelle

Introduction | Reconnaissance aux doyens | Il va y avoir du sport | Soixante-dix printemps | Hommage aux patrons | L’almanach de la Maison | Conclusion

Chronique de Marie Brunette

Introduction

En fouinant dans les archives de Dupuis Frères, je suis tombée sur cet énoncé : « Nous appartenons tous à la même famille Dupuis », pouvait-on lire dans une édition du journal Duprex. Voilà qui résume parfaitement la philosophie du « magasin du peuple » telle que je l’ai découverte: une tribu soudée par l’esprit d’équipe. La direction ne ménageait manifestement aucun effort pour assurer aux employés un foisonnement d’activités sociales : banquets, fêtes de Noël ou des Rois, dîners champêtres, tournois sportifs, mascarades… En retour, le personnel témoignait sa déférence et sa gratitude envers les patrons avec une ardeur – c’est bien le mot – qui ne se rencontre plus dans les milieux de travail d’aujourd’hui. Autres temps, autres mœurs, c’est le cas de le dire!

Reconnaissance aux doyens

Chez Dupuis Frères, on estimait, bien sûr, la fidélité des employés de longue date. Franchir le cap des vingt-cinq années de service permettait d’adhérer au Club des 25, sous le regard bienveillant d’un parrain. En plus du titre honorifique, d’un certificat et d’une montre, les membres du club avaient droit à un banquet semi-annuel en leur honneur, dont le tout premier eut lieu le 24 octobre 1944. Un bon prétexte, s’il en fallait un, à quelques allocutions patronales et des petits fours gratuits. Voir les archives reliées

Il va y avoir du sport!

En 1927, les employés de chez Dupuis Frères ont créé l’Association Athlétique Amateur Duprex. Parce que le sport c’est la santé mais surtout, j’imagine, parce que ça vous cimente un esprit d’équipe! Au fil des ans, l’AAAD s’est, entre autres, livrée à d’enlevantes joutes de gouret (cousin du hockey cosom) et de quilles, notamment contre le Cercle Pasquier de la compagnie Paquet Ltée, de Québec. Au cours de ces compétitions, la direction récompensait l’implication sportive par un banquet au menu parfois… plein d’humour : dinde rôtie « dallot », pommes de terre « strike » et salade de fruits « split » (1942). Notez que ces tournois, quoique purement amicaux, atteignaient une certaine envergure. Si l’on inclut les chronométreurs, les officiers et les juges, le comité d’organisation se chiffrait à presque 40 personnes! Voir les archives reliées

Soixante-dix printemps

En 1938, Dupuis Frères fêtait son 70e anniversaire en grande pompe, un événement dont les festivités sans précédent s’étirèrent sur plusieurs jours. Le dimanche 6 mars, au deuxième étage du magasin, on donna un opulent banquet (encore un, oui) auquel on convia les 1200 employés, sans oublier ministres, sénateurs et membres du clergé. Une messe spéciale fût d’ailleurs prononcée le dimanche suivant à l’église Saint-Jacques. Les clients ne furent pas en reste : une fête commerciale était offerte pour eux le lundi 14 mars. Le « magasin du peuple » reçut ce jour-là des foules records qui lui témoignèrent beaucoup d’amour, selon l’édition anniversaire de Duprex. Comme un grand câlin commercial! Voir les archives reliées

Hommage aux patrons

Au sein de la famille Dupuis, l’anniversaire d’un membre de la direction revêtait une importance particulière, et on ne manquait pas de souligner la chose avec éclat. Pour l’occasion, les membres du personnel se réunissaient pour fêter leur patron, n’hésitant pas à pousser la chansonnette en son honneur, pourquoi pas! « Comme il est optimiste, généreux et vaillant », disait-on de M. Dugal, un vice-président et directeur-gérant assurément fort apprécié. On le surnommait également « le héros de la maison Dupuis » dans une autre de ces chansons hommage. Bref, voilà un exemple d’employés enthousiastes! Voir les archives reliées

L’almanach de la Maison

Dupuis Frères publiait le Duprex, un outil de communications internes qui relatait les faits saillants tout comme les moindres détails de ses activités corporatives et sociales. Des comptes-rendus de fêtes aux récents exploits sportifs de l’AAAD, sans oublier les instructions en cas de raid aérien en temps de guerre, tout y passait! Le Duprex faisait état, par exemple, d’un geste d’honnêteté exemplaire de la petite caissière du deuxième étage autant que du mariage du gérant de la papeterie. De plus, la direction offrait dans chaque édition ses respectueuses condoléances aux endeuillés. Eux-mêmes, dans une autre section, témoignaient à leur tour leur gratitude envers la direction d’avoir bien voulu témoigner leur sympathie… Un véritable festival de politesse, vous dis-je, rien de moins.

Conclusion

Je m’imagine parfois combien d’employés de chez Dupuis Frères ont pu faire connaissance et se lier d’amitié lors de l’une de ces fêtes. Et combien sont tombés amoureux… Le gérant du cinquième à la petite moustache si distinguée, par exemple, qui trouve enfin le courage d’aborder la préposée aux ascenseurs, la petite brune pas trop débrouillarde mais si gentille, celle qui sourit sans arrêt. Toutes ces activités sociales ont peut-être illuminé la vie de quelques-uns…